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Couple : peut-on changer l'autre ?

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Jul 23, 22:15
1 Commentaires | Tags: Couple,peut-on,changer l'autre

D’où vient cette croyance que l'on ne peut pas changer l'autre ? Sans doute de la mise en garde nécessaire des thérapeutes contre une volonté de plier notre partenaire à nos désirs… Mais entre glisser vers le contrôle de l’autre et contribuer à son évolution, il existe une marge de manoeuvre à explorer.

Nous l’aimons, c’est entendu ; en dépit du fait qu’il soit peu sociable, qu’il ne veuille pas d’enfants ou qu’elle soit dépensière. Nous nous faisons fort, nos sentiments aidant, de le transformer. « Avec moi, tu verras, il changera », entendons-nous parfois dans la bouche d’une amie amoureuse. Halte-là ! réagissent immédiatement les thérapeutes de couple. S’engager en amour avec la volonté de changer l’autre est casse-cou. En effet, il est toujours intéressant de se demander pourquoi nous manifestons ce désir-là. Trop souvent, cette volonté a plus à voir avec notre propre histoire qu’avec la sienne… Passé les émois des débuts, nous « découvrons » qu’il est égoïste, comme notre père, qu’elle est surprotectrice, comme notre mère. Comment croire que nous ne l’avons pas senti avant, voire que nous n’avons pas choisi notre conjoint pour cette raison ? « Nous sommes à double face, explique la psychanalyste Catherine Bensaid. Une face consciente, qui désire ouvertement certaines choses, et une face cachée, inconsciente, qui résiste parce qu’elle trouve dans la situation une jouissance névrotique. Prenez l’exemple d’une femme qui rêve de vivre avec un prince et ne rencontre que des hommes qui la maltraitent, comme son propre père le faisait. Elle n’a de cesse de vouloir les changer, mais s’ils s’avisent de devenir princes, ils ne conviennent plus à sa face inconsciente, souvent la plus forte. Et ça casse. » Sauf à travailler sur elle-même, ce qui l’amènerait à comprendre son mécanisme inconscient et à se changer, elle.

Une paresse relationnelle

Se positionner en démiurge de celui ou celle que l’on aime – « Par la grâce de mon amour, je vais te transformer » – revient à lui dire : « Au fond, je n’aime pas ce que tu es. » Demander à un pudique de se laisser aller, reprocher à une extravertie d’en faire trop peut être très violent. Tout comme l’éloigner de ses vraies aspirations parce qu’elles ne correspondent pas aux nôtres. « C’est injuste mais fréquent, malheureusement : l’un demande à l’autre de changer, mais en le coupant de ses forces de vie, ce dernier devient fade et tout le monde est perdant », prévient le psychiatre Christophe Fauré. Pour autant, refuser de s’accorder le désir ou le pouvoir de changer l’autre, c’est, selon le psychiatre, « faire preuve d’une extraordinaire paresse relationnelle. Penser l’autre comme un être immuable – même si nous nous en plaignons – nous rassure et nous dédouane d’avoir à changer nous-même ». D’autant qu’il n’est pas anodin d’aller débusquer les avantages secondaires que nous obtenons à ce que l’autre ne bouge pas. Ainsi d’une femme qui se plaint régulièrement que son conjoint ne s’investit pas assez dans la sphère domestique et qui décourage systématiquement toute tentative de sa part (« Laisse, je vais le faire, ça ira plus vite », dit-elle sur un ton agacé). « S’il changeait, elle serait doublement perdante, puisqu’elle perdrait d’une part sa toute-puissance domestique sur la maison et les enfants et, d’autre part, ne pourrait plus le culpabiliser sur ses absences, ce qui le met en dette vis-à-vis d’elle », décrypte Christophe Fauré.

Vouloir changer l’autre ne peut pas reposer sur une volonté d’acquérir plus de confort pour nous-même, mais doit naître du désir de le soulager lui. Il souffre d’une situation familiale toxique ? C’est pour son bien qu’il peut être utile d’inviter au changement, petit à petit, sans intrusion. « Il est essentiel de pointer ce qui se répète, en s’en tenant aux faits concrets, met en garde le psychiatre et psychothérapeute Jacques-Antoine Malarewicz, auteur de Repenser le couple (LGF, “Le Livre de poche”, 2002). Car il n’est pas question de se positionner en thérapeute, ni d’asséner des interprétations psychanalytiques. C’est une façon de déséquilibrer le couple en prenant le pouvoir sur l’autre. » Pour qu’une évolution survienne, il s’agit de lui faire de la place, d’accepter son éventualité. Or, nous avons tendance à enfermer l’autre dans l’image que nous nous faisons de lui. Comment le laisser évoluer alors que nous ne cessons de lui asséner : « Je te connais, tu ne changeras jamais » ? « Je vois dans cette position un grand manque de respect pour l’autre. C’est une façon de lui dire qu’il ne peut créer aucune surprise », remarque Jacques Antoine Malarewicz. Dans sa pratique de thérapeute de couple, il propose souvent à ceux qui viennent le consulter de passer une semaine à se regarder comme s’ils ne se connaissaient pas, laissant de côté tous leurs griefs et leurs a priori. Une approche qui permet de laver son regard et de régénérer les possibilités de changement.

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