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JALOUSIE OU QUÊTE DE PRESTIGE ? : L’imamat, une fonction souvent au cœur des querelles

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JALOUSIE OU QUÊTE DE PRESTIGE ? : L’imamat, une fonction souvent au cœur des querelles

Des querelles autour de l’imamat secouent parfois la quiétude des fidèles musulmans. Ceci malgré l’existence de critères sur le choix de l’imam. Des mosquées sont parfois fermées, si ce ne sont des camps qui se regardent en chiens de faïence. Retour sur quelques cas de batailles autour de cette noble fonction.

Des querelles tournant autour de l’imamat ne manquent pas au Sénégal. Les anecdotes liées à cette noble fonction consistant à diriger les fidèles musulmans lors de la prière ne manquent pas. « Je connais beaucoup de cas, mais je ne peux pas en parler, car je fais partie de ceux qui ont contribué à calmer les esprits dans ces mosquées », nous a servi, peu d’une heure après la rupture du jeûne, l’imam des Hlm 4, El Hadji Mouhamadou Lamine Sarr. Cette phrase en dit long sur l’ampleur de la situation. Le cas de querelle autour de l’imamat le plus médiatisé a été la succession de l’imam ratib El Hadji Maodo Sylla de la grande mosquée de Dakar, décédé en 2002. Dans un entretien avec l’Agence de presse sénégalaise, l’imam Samb, qui avait été désigné par le défunt grand imam de Dakar, El Hadji Maodo Sylla, une semaine avant son décès en 2002, pour diriger la prière de vendredi, revient sur cet épisode. « J’ai laissé volontairement l’imamat aux deux « naïbs » (adjoints) de feu Maodo Sylla, de diriger, alternativement, les prières de vendredi pendant trois ans, après la mort de Maodo Sylla », a-t-il expliqué, soulignant que c’est pour ne pas « perturber le climat social, notamment familial ». C’est à la suite que les 12 « pintches » (assemblées lébous) de Dakar se sont réunis en son absence pour trancher la question en le désignant imam de la grande mosquée de Dakar, poursuit-il dans l’entretien avec l’Aps daté du 13 mai 2005. Ainsi prenait fin une situation très inconfortable pour les musulmans.

La gifle de l’imam retardataire

Dans les quartiers, les luttes intestines pour l’imamat viennent parfois polluer l’atmosphère. Abass Diallo, qui regrette que les mosquées soient des lieux à polémiques, a en mémoire une scène très surprenante survenue dans un lieu de culte des Parcelles assainies, en 2008. « J’ai vu deux imams se donner en spectacle, le jour de la Tabaski. L’imam ratib (titulaire) était venu en retard, son second a commencé à diriger la prière. L’imam ratib, qui est venu entre temps, l’a alors giflé. Et son second a répliqué », raconte-t-il. « Allahou akbar (Dieu est grand), ajoute-t-il pour mettre en évidence son indignation. La question ethnique peut aussi créer des disputes autour de la charge de l’imam. Un quartier des Parcelles assainies avait été le théâtre d’un conflit à connotation ethnique, en 1989, se rappelle imam Mame Thierno Sall qui s’estimait visé par une fronde. Ses adversaires cherchaient à le débarquer, ajoute-t-il. « Je n’ai jamais fait de forcing en ce qui me concerne, mais les hal Puular du quartier environnant se réunissaient tous les samedis soirs pour faire des séances de prières à l’encontre de ma personne. Ils voulaient me rendre docile au moment de mon limogeage », se souvient imam Sall, assis sur une chaise pliante, entourée de sa famille, un exemplaire du Coran à la main. « Mon oncle était une fois témoin, mais il ne pouvait piper mot. Ils ont obtenu ce qu’ils souhaitaient », a continué l’imam. « A cause de ces problèmes, la direction des Parcelles Assainies avait dit qu’elle n’octroierait plus de terrain aux mosquées, à moins que l’imam soit désigné d’avance », ajoute-t-il. Notre interlocuteur nous raconte aussi une autre histoire, cette fois-ci sur fond d’appartenance confrérique, à l’Unité 13 des Parcelles assainies. « Le préfet de l’époque disait que cette mosquée était la propriété des mourides », se souvient-il. A Thiès aussi, l’imam du quartier Nguinth a été limogé, car il ne venait que pendant le ramadan. Son successeur choisi fut imam Mor Ndiaye, après moult négociations.

Querelles ethniques pour la gestion d’une mosquée

En septembre 2004, un communiqué relatif à une querelle tournant autour de l’imamat et de la gestion d’une grande mosquée érigée à Boucotte Sud (Ziguinchor), est repris par l’Agence de presse sénégalaise (Aps). Le communiqué en question émane du... Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc) qui déclarait ne pas s’impliquer dans les affaires de religion. Les communautés diola et mandingue se disputaient le contrôle du lieu de culte dont les travaux avaient pris fin en 1998, après une pose de la première pierre en 1968. « Depuis son achèvement, l’imposant joyau, aujourd’hui envahi par les herbes, fait l’objet d’une rude bataille entre Diolas et Mandingues pour son imamat et sa gestion », lit-on dans la dépêche de l’Aps. Abdoulaye Diédhiou, tête de file des partisans de feu Sidy Badji, considérait que le problème de l’imamat et de la gestion de la « Mosquée de la paix » de Boucotte-Sud doit être résolu par la communauté musulmane « en tenant compte des règles fondamentales de l’Islam, mais également en considérant les rapports sociaux et fraternels qui lient depuis toujours Diolas et Mandingues en Casamance ». Une frange du Mfdc aurait prévu une réunion à la date du 16 septembre pour discuter de l’ouverture de la mosquée.

Bertrand Diamacoune Senghor, qui avait convoqué la réunion qui s’était muée en une marche vers la gouvernance, déclarait devant l’adjoint au gouverneur : « Je ne me suis pas levé en tant que catholique, musulman, diola ou animiste, mais en tant que fils de la Casamance pour essayer d’éteindre le feu qui couve depuis six ans dans cette maison de Dieu qui appartient à tous ». Le frère du défunt abbé Augustin Diamacoune Senghor ajoutait que « la tension existant entre Diolas et Mandingues pour la gestion de la grande mosquée peut détruire l’élan actuel de paix ». Ce cas illustre jusqu’où les querelles d’imamat peuvent diviser la communauté des fidèles musulmans. Et l’on se demande ce qui fait courir les prétendants à l’imamat qui sont prêts à en découdre parfois pour s’asseoir sur le minbar ? La recherche de la notoriété ou l’acquisition de biens matériels ? Dans leur politique sociale, des municipalités donnent des aides aux lieux de culte. Récemment, le maire des Parcelles assainies, Moussa Sy, a remis des enveloppes financières aux 77 mosquées que compte sa commune. Les petites mosquées s’étaient retrouvées chacune avec 200.000 francs et les grandes 300.000 francs. Pendant les fêtes de Tabaski, la commune donne 100.000 francs à chaque imam et, pour la Korité, des denrées alimentaires, a révélé Moussa Sy. De temps en temps, des âmes charitables octroient des billets pour le pèlerinage aux lieux saints de l’Islam à des imams.

Privilèges liées à la fonction ?

L’imam Ousmane Ndao de la mosquée Soprim extension confirme le soutien de sa municipalité à l’endroit des mosquées. « Tidiane Diallo, l’ex maire de Patte d’Oie Builders, nous donnait une aide, mais elle n’était pas régulière. Je n’en ai jamais reçu, car il y a avait une confusion sur ma personne », a-t-il révélé. Un individu qui n’a pas de revenus consistants et qui estime remplir les conditions de l’imamat ne peut-il pas facilement être tenté de postuler à cette charge ? « Si tu travailles et gagnes 500 000 francs par mois, tu vas voir comment aider les mosquées et non t’attarder sur ces choses », estime Mouhamadou Lamine Ndoye.

Sous nos cieux, l’imam est la personne qui célèbre les mariages, les baptêmes, préside aux enterrements, formule des prières au début ou à la fin de cérémonies, il reçoit parfois la « zakat » à charge pour lui de la redistribuer aux nécessiteux. Ces nombreuses fonctions confèrent une certaine respectabilité dans le quartier à la personne qui les détient. Ceux qui se battent autour de l’imamat pour espérer acquérir juste de la notoriété ne trouvent pas grâce aux yeux de l’imam Thierno Sall. « Quand on cherche la notoriété, c’est parce qu’on ne la mérite pas », estime-t-il. Les disputes autour de l’imamat sont liées à un « manque de savoir », déplore Mame Thierno Ndiéguène, petit-fils d’El Hadji Ahmadou Ndiéguène, chef religieux à Thiès. A son avis, « les gens qui font cela voient autre chose que Dieu : l’argent. Si c’est seulement Dieu, il ne peut y avoir d’adversité. Il y a une très grande recherche de notoriété et le Prophète interdit cela ». Certains musulmans mettent ces querelles autour de l’imamat sur l’intrusion des retraités dans les mosquées. Mame Thierno Ndiéguène constate ce phénomène : « il y a des retraités qui, lorsqu’ils étaient en activité, les mosquées n’étaient pas leur affaire. Un jeune instruit doit diriger une personne non instruite. Les fidèles qui se disputent dans les mosquées sont exposés à la colère d’Allah », prévient-il. Pour mettre fin à ces luttes autour de l’imamat, il préconise de confier les responsabilités aux jeunes instruits, car « l’Islam favorise davantage les jeunes que les personnes âgées ».



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