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Modou Khaya (Directeur général de l’aéroport international Blaise Diagne) : «L’aéroport de Diass sera livré en fin 2011

  • Source: : Le Soleil | Le 23 juillet, 2010 à 11:07:20 | Lu 9013 fois | 0 Commentaires
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Modou Khaya (Directeur général de l’aéroport international Blaise Diagne) : «L’aéroport de Diass sera livré en fin 2011

Modou Khaya se met en piste. Même si l’heure n’est pas encore au décollage et à l’atterrissage sur les pistes de l’Aéroport international Blaise Diagne, son directeur général laisse le soin aux politiciens d’apporter la réplique à ceux qui qualifient d’éléphant blanc l’aéroport de Diass. Sur son plan de vol, aucune zone de turbulence en vue. Dans l’entretien qu’il nous a accordé sur le site de l’aéroport, lors de la caravane médicale de solidarité organisée en partenariat avec l’Ong internationale Médecine de solidarité, dans les communautés rurales de Diass et de Keur Moussa, Modou Khaya allume son signal lumineux. Du coût de réalisation de l’ouvrage à sa livraison finale, en passant par le nombre d’avions que peut accueillir l’aéroport de Diass et le nombre d’emplois qu’il va générer, le service à bord est assuré. Décollage.

Wal Fadjri : Que répondez-vous à ceux qui parlent d’éléphant blanc à propos de la réalisation de l’aéroport de Diass ?

Modou Khaya : Ce sont des politiciens qui parlent d’éléphant blanc. Et d’autres politiciens leur apportent la réplique pour le compte du promoteur de cet aéroport qui est le président de la République Abdoulaye Wade. En tant que technicien, travaillant pour le compte du Sénégal, je dirais que la plupart des ouvrages sont sortis de terre. Et vous avez pu le constater vous-même. On est en train d’attaquer le deuxième niveau du bâtiment principal qui est l’aérogare et qui fait 42 mille mètres carrés. Il reste à amener la toiture métallique pour la poser dessus. Les autres bâtiments sont relativement avancés. Les gravillons sont en train d’être posés sur la route d’accès et les terrassements sont pratiquement terminés. On attend les équipements et le pied sera mis sur l’accélérateur après l’hivernage.

C’est donc l’arrêt des travaux pendant l’hivernage ?

Non, ce n’est pas un stop. Mais juste un petit ralentissement puisque certains travaux ne font pas bon ménage avec l’eau. C’est le volume d’eau qui tombe en une fois qui peut déranger dans ce genre de chantier. Donc un petit ralentissement puisque les équipements sont en train d’être finalisés en Europe pour être acheminés.

A quand la livraison complète de l’ouvrage ?

La livraison de l’ouvrage est prévue en fin 2011. Initialement, on était parti sur fin 2010, mais nous avons jugé nécessaire d’octroyer une année de plus à l’entreprise pour des raisons que j’ai eu à expliquer.

Quelles sont ces raisons ?

Ces raisons s’expliquent par un souci d’aménagement du territoire avec les routes d’accès, les connexions avec l’électricité, l’eau, le téléphone… Cela nous permet de conduire l’ensemble du projet et non la réalisation de l’aéroport tout seul. C’est ainsi que nous travaillons à une livraison cohérente.

Est-ce que la livraison se fera par tranche ?

L’aéroport, une fois livré, va être totalement opérationnel. Dès son ouverture, l’aéroport international de Blaise Diagne sera capable d’accueillir quarante-quatre (44) avions commerciaux en même temps et traiter 3 millions de passagers par an. Aujourd’hui, à l’aéroport de Dakar, on étouffe avec 1 million 800 mille passagers par an. On arrive à peine à accueillir une vingtaine d’avions avec pas mal de difficultés. Une fois livré, l’aéroport aura cette capacité jusqu’à ce qu’on aille vers les cinq millions. De là, on va commencer à augmenter cette capacité de manière modulaire. Et les extensions sont prévues pour ça jusqu’à 20 millions de passagers.

Qui sera chargé de la gestion de l’ouvrage après réception de tous les travaux ? L’Aibd ou une autre structure ?

L’aéroport sera géré par Daport, filiale sénégalaise de Fraport qui gère Franckfort qui traite 54 millions de passagers par an et plus d’une vingtaine d’aéroports à travers le monde. Fraport a été sélectionné par appel d’offres international.

‘Dès son ouverture, l’aéroport sera capable d’accueillir 44 avions commerciaux en même temps et traiter 3 millions de passagers par an. Aujourd’hui, à l’aéroport de Dakar, on étouffe avec 1 million 800 mille passagers par an.’

Il est prévu de déplacer des villages. Comment se fera le recasement ?

Essentiellement, trois villages vont être déplacés. Il s’agit de Mbadatte, de Kessoukhatt et Kathialik. Pour ces populations, nous avons identifié un site de recasement, ensemble avec leurs représentants, les élus locaux et les autorités administratives. Le site de recasement finalement retenu a été donné par trois autres villages qui sont de la même communauté ethnique, les Sérères. Nous avons pris 150 hectares pour implanter ces nouveaux villages. Pour le moment, nous allons déménager les trois villages précités dans le site de recasement qui permet de prévoir d’ores et déjà un espace d’extension de chaque village.

D’ici, vous pouvez d’ailleurs voir le site de recasement. Là, les routes sont déjà faites, les parcelles lotissées. Actuellement, l’électricité est déjà sur place. Les conduites d’eau sont en train d’être posées. Ce seront donc des conditions de vie nettement meilleures pour ces populations déplacées. Car une batterie d’équipements sociaux sera mise en place. Il s’agit de centres de santé, d’écoles, de maisons de jeunes sans oublier des daaras, mosquées, etc.

N’y a-t-il pas eu des réticences de la part des déplacés ?

Pour être honnête, il y a encore quelques réticences. Et nous comprenons cela fort bien. Si vous demandez à n’importe qui de quitter sa masure pour monter sur une tour, il aura un pincement de cœur. C’est l’être humain qui est ainsi fait. On est attaché à sa terre, surtout ancestrale. Il est clair que cela ne pourra pas être compensé. Mais les conditions de vie que nous voulons offrir aux recasés, seront nettement plus adéquates que celles déjà connues. Et je pense que cela pourrait atténuer ce sentiment.

Actuellement, sur les cinq villages qui entourent l’aéroport, il y a un manque notoire d’eau du fait que la nappe y soit très profonde avec près de 80 mètres de profondeur. Et deux des villages sont alimentés en eau grâce aux citernes que nous y avons installées et que nous ravitaillons par camions depuis le chantier. Nous travaillons à alimenter les trois autres villages également au moyen de citernes.

Par opposition, dans le site de recasement, ces populations auront de l’eau courante avec des bornes-fontaines.

Quelle est la contribution de l’expertise sénégalaise dans la construction de cet aéroport de Diass ?

Outre notre société qui gère le projet, qui le développe, cherche les financements et se charge de la construction qui est Aibd Sa, nous avons notre superviseur technique qui est un bureau d’ingénierie tunisien, associé à un bureau d’ingénierie français. Mais la majorité des cadres de ces entreprises citées sont des cadres sénégalais sortis de Polytechnique, de l’ex-Iut, etc.

Le réalisateur de l’aéroport est Saoudi Ben Laden et il travaille avec des entreprises sénégalaises. C’était une exigence de départ. La plupart des marchés de sous-traitance pour la réalisation de cet aéroport seront accordés aux entreprises sénégalaises. Aujourd’hui, la majorité des terrassements et de la voirie est faite par Cse. Et la majorité des bâtiments est faite par Cde. En plus de cela, quelques terrassements secondaires sont confiés à quelques entreprises sénégalaises qui viennent en appoint.

Combien d’emplois ont été créés jusqu’à présent durant cette phase de réalisation ?

Le pic d’emplois a atteint deux mille quatre cents (2 400), dont près de 80 % sont des Sénégalais et environ 550 originaires des Communautés rurales de Diass et de Keur Moussa (Pout) auxquelles est réservée, sur instruction de Monsieur le président de la République, la priorité pour les emplois non qualifiés.

Et combien le seront une fois que l’aéroport sera fonctionnel ?

Pus de 3 000 emplois directs selon les ratios communément admis dans le secteur.

‘Le pic d’emplois déjà créés a atteint 2 400, dont près de 80 % sont des Sénégalais et environ 550 originaires des Communautés rurales de Diass et de Keur Moussa (Pout)’

L’aéroport de Diass aura-t-il un standing qui répond aux normes internationales ?

Dans l’imagerie populaire, quand on parle de normes, on fait souvent allusion au confort, à la convivialité… Cet aspect, c’est l’Iata, l’Association des compagnies aériennes, qui le définit. Il s’agit de la fonctionnalité d’un aéroport et de son caractère agréable. Quand c’est bien organisé, spacieux, propre et net, la population voit derrière un sentiment de sécurité. Mais ce sont des notions totalement différentes.

L’Association internationale des compagnies fixe donc les normes de confort et d’opérationnalité. Son barème va de A qui est totalement excellent, à E qui est mauvais. Les aéroports fonctionnent le plus souvent à la catégorie C qui est le milieu. C’est la catégorie standard de pratiquement tous les aéroports au monde. Pour nous démarquer de ce qui se passe dans la sous-région, nous avons choisi d’être à la catégorie B. C'est-à-dire très bon. Juste en-dessous d’excellent. L’excellence, ce sont très peu d’aéroports au Moyen Orient qui l’ont et c’est souvent à l’ouverture.

Quand on revient à la sécurité, il n’y a pas de différence entre les aéroports. Tous les aéroports au monde doivent répondre aux mêmes normes de sécurité. Ces dernières sont fixées par l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci). C’est comme l’Oms qui fixe les normes de santé. Mais, en général, les passagers perçoivent la sécurité derrière le confort. Or, ce sont deux concepts totalement différents.

Combien de pistes sont prévues et pour quelle longueur pour chacune d’elles ?

Les deux pistes prévues seront longues de 3,5 km chacune et larges de 75 m pour être capables d’accueillir les A380, c’est-à-dire les plus gros avions existants aujourd’hui et dans le proche avenir. Dans la phase initiale, une seule piste sera réalisée et pourra nous amener jusqu'à 10 millions de passagers.

Comment se fera l’acheminement des passagers vers le centre ville de Dakar ?

Ici à Diass, nous sommes exactement à 47 kilomètres de Dakar. C’est le seul point noir qu’on a pu trouver dans le choix du site de Diass. Dans un rayon de 70 kilomètres de Dakar à Thiès, nous avons pu examiner dix sites potentiels pour abriter l’aéroport. Et c’est Diass qui l’a emporté haut la main. Son seul point faible, c’est la distance avec Dakar. Ce point faible est mitigé si l’on sait que l’Etat avait déjà lancé, avec l’Apix, la construction de l’autoroute à péage qui doit arriver jusqu’à Diamniadio.

Après Diamniadio, on avait envisagé diverses solutions, dont l’élargissement de la Nationale 1 qui va de Diamniadio à Mbour. Mais le ministre d’Etat, ministre des Infrastructures et des Transports aériens, Karim Wade, est en train de trouver une solution plus satisfaisante. Celle consistant à continuer l’autoroute de Diamniadio à l’aéroport, et éventuellement jusqu’à Mbour. Sur cet aspect, nous sommes tranquilles.

Dans un aéroport, ce qui est important, c’est le temps d’accès et non pas la distance d’accès. Souvent, les gens font la confusion. La distance kilométrique est différente de la distance temps. Un aéroport peut être à 15 kilomètres alors que vous mettez deux heures d’horloge pour vous y rendre. Je préférerais être à 50 kilomètres et faire trente minutes pour m’y rendre. C’est ça qui compte pour le passager. Ici, avec l’autoroute à péage, nous serons à moins de 40 minutes de l’aéroport. Tous ceux qui voyagent, savent que le temps d’accès moyen à un aéroport se trouve aux environs d’une heure. Très peu de grands aéroports descendent en dessous d’une heure.

‘Le budget de la construction est de 430 millions d’euros, c'est-à-dire un peu moins de 300 milliards de francs Cfa. Au départ, nous avions annoncé près de 230 milliards. Mais des rajouts ont été demandés volontairement pour l’élargissement de l’aéroport’

Globalement, à combien peut-on estimer le budget de cet aéroport ?

Le budget de la construction est de 430 millions d’euros, c'est-à-dire environ un peu moins de 300 milliards de francs Cfa. Au départ, nous avions annoncé près de 230 milliards. Mais des rajouts ont été demandés volontairement pour l’élargissement de l’aéroport. La redevance que nous devons percevoir des passagers, permettait de financer plus qu’on avait envisagé.

Nous avons estimé de mettre là-dedans certaines choses qu’on voulait différer au départ. Pour citer un exemple, parmi d’autres, nous avons décidé de mettre directement l’aéroport aux normes compatibles avec les avions A 380. A la conception, quand on faisait l’appel d’offres, on ne s’était basé que sur le Boeing 747 qui est moins contraignant, tout en prévoyant des réserves pour la A380. Aujourd’hui, nous avons décidé de faire carrément avec les normes prévues pour la A380 puisque celle-ci est déjà en circulation. Il y a également le terminal Frêt que nous avions prévu à l’est de l’aéroport et que nous avons déplacé à l’ouest pour l’adosser avec la Zone économique spéciale que les gens de Dubaï sont en train de développer. Ainsi que plusieurs autres extensions et améliorations qui vont accroître la fiabilité et l’efficacité de cet aéroport.

Qu’adviendra-t-il de l’aéroport de Dakar ?

L’aéroport de Dakar est destiné à être fermé au trafic aérien. Actuellement, l’Apix est maître d’œuvre d’une étude qui doit déterminer la façon optimale de valoriser cet aéroport sous forme d’une cité internationale des affaires. Si je me rappelle, le président avait fait allusion au Quartier de la Défense à Paris pour que les gens comprennent son idée. Le Sénégal dispose d’une grande avance en abritant les sièges régionaux de beaucoup d’organismes internationaux et d’entreprises multinationales. Cette position, nous voulons la conforter avec une place qui répond aux normes et standards internationaux.

Et le personnel de l’aéroport de Dakar ?

Il sera entièrement repris et transféré à Diass avec les mesures d’accompagnement nécessaires. Cela a été dit plusieurs fois et confirmé très récemment par une voix plus autorisée qu’est celle du ministre d’Etat, ministre des Infrastructures et des Transports aériens.


Auteur: walf - Le Soleil

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