Societe

Societe

RÉTRÉCISSEMENT DU LIT, ENSABLEMENT, URBANISATION, COURS D’EAU D’ALIMENTATION BLOQUÉ... Sombres horizons pour le Lac Rose

  • Source: : Lobservateur | Le 28 décembre, 2009 à 05:12:45 | Lu 6628 fois | 0 Commentaires
content_image

RÉTRÉCISSEMENT DU LIT, ENSABLEMENT, URBANISATION, COURS D’EAU D’ALIMENTATION BLOQUÉ... Sombres horizons pour le Lac Rose

Un Sommet mondial à Copenhague. Des négociations passionnées. Un accord qui suscite des réactions contrastées. Le Sénégal a vécu au temps de cette importante rencontre sur les changements climatiques. A Dakar et dans les régions de l’intérieur, hommes et femmes, au quotidien, sont confrontées aux effets de la dégradation de l’écosystème. Ici, c’est l’indifférence, là, c’est un cri du coeur. « Le Soleil » vous propose une série de reportages. Suivez le guide.

RÉTRÉCISSEMENT DU LIT, ENSABLEMENT, URBANISATION, cours d’eau d’alimentation bloqué...Sombres horizons pour le Lac Rose

Loin des débats de la conférence de Copenhague où l’on discute sur le changement climatique, les exploitants de sel du Lac Rose situé à 40 km de Dakar, n’ont qu’un souci : préserver le plus longtemps possible cette source de revenus. D’autant que le lit du lac se rétréci d’année en année.

L’activité tourne au ralenti. Dans une ambiance bon enfant, un groupe d’exploitants de nationalité malienne s’affaire autour d’un tas de sel. Les uns munis de pelle, les autres d’un bâton concassant le sel entassé sur le long de la berge du Lac Retba plus connu sous le nom de Lac Rose. Depuis quelques jours, ces exploitants sont interdits d’extraire le sel. La commission a demandé à tout le monde d’observer une pause. Car, sur la partie réservée à l’extraction, ils ne ramenaient que du sel fin au lieu du gros sel. Est-ce la conséquence des changements climatiques ? Bourama Sidibé n’en sait rien. La commission a demandé d’observer une pause et il a suivi la mesure sans chercher à trop comprendre. De Copenhague, il ne connait rien. « C’est où ? », demande-t-il, en rires. Toutefois, il sait une chose : le lit du Lac Rose est en train de se rétrécir au fil des ans. Malheureusement, les gens ne retiennent de ce lac que la couleur de son eau qui vire du rose au mauve en fonction de l’intensité du soleil. Une merveille de la nature qui suscite la curiosité et fait sa renommée jusqu’au-delà des frontières du Sénégal. Une publicité amplifiée en grande partie par le fait que ce lieu constitue l’ultime étape du Rallye Paris-Dakar avant son transfert sur le continent américain.

Lac menacé

Malgré le peu d’intérêt que ces exploitants accordent aux débats de cette conférence sur le changement climatique, ces producteurs de sel sont au moins conscients de la nécessité de gérer rationnellement la ressource pour préserver leur source de revenus. En fait, le lac ne cesse de se rétrécir. « Il était plus grand. Il s’étendait sur 8 kilomètres de long et 1,5 kilomètre de large », indique Cheikh Ndoye, artiste spécialisé dans la fabrication des tableaux en sable. Une activité qui s’est développée grâce à l’afflux de touristes. Aujourd’hui, sa longueur est 4,5 km et sa largeur ne dépasse pas 800 mètres. Ils mesurent le péril et ont une idée des causes. « Le lit du lac s’est rétréci à cause des sécheresses des années 1970 », déclare Matar Wane Dieng, guide touristique. Actuellement, « ce sont les actions des hommes qui menacent le lac », ajoute-t-il, impuissant.

Unique au monde, ce lac est, aujourd’hui, agressé de toutes parts. D’abord par l’ensablement à cause des nombreuses courses de rallye qui sont organisées non loin du lac. S’y ajoute la construction de maisons dans les environs empêchant les eaux de ruissellement de se déverser dans le lac.

« Les eaux de pluies n’alimentent plus le lac », se plaint Maguette Ndiour, Secrétaire général de la Commission d’exploitation du sel du Lac Rose. Des agressions qui menacent leur outil de travail.

Ils sont des milliers à gagner leur vie de cette activité. Ils viennent des pays de la sous-région : Mali, République de Guinée, Guinée-Bissau, Burkina Faso.

Des mesures de sauvegarde

Pour préserver le plus longtemps possible cette source de revenus, ces exploitants ont mis en place une commission d’exploitation du sel qui veille à une extraction rationnelle de la ressource.

Ce qui explique la mesure temporaire d’extraction du sel décidée en accord avec les exploitants. Pendant les périodes d’activité, renseigne Matar Wane Dieng, il y règne, jour et nuit, une intense activité.

« Des centaines de personnes se livrent à l’extraction du sel. Des hommes, dans l’eau jusqu’à la poitrine et le corps enduit de beurre de karité pour protéger leur peau de la salinité corrosive des eaux du lac, cassent avec un piquet les croûtes de sel déposées sur le fond avant de le ramasser à la pelle et de remplir les barques d’une capacité d’une tonne et demie. Une fois les barques remplies, les hommes retournent sur la berge où les femmes déchargent le produit. Le sel est entassé sur les bords pour sécher et blanchir au soleil », dit-il d’un trait comme un élève de l’élémentaire récitant sa leçon bien apprise.

50.000 tonnes de sel par an

Chaque année, quelque 50.000 tonnes de sel y sont débarquées. La vente du produit génère 250 millions de francs Cfa. « Un bon pactole qui risque de tarir avec le lac », avertit Maguette Ndiour. Une perspective qui le fait frissonner. Il justifie la mesure d’interdiction par le souci de préserver la ressource.

Le Secrétaire général de la Commission d’exploitation du sel se félicite de la compréhension des exploitants. « Ils sont conscients qu’ils doivent préserver la ressource », affirme-t-il, d’un air satisfait. La commission a divisé le lac en deux. Les premiers six mois de l’année, l’exploitation se déroule sur une partie. Les exploitants travaillent sur l’autre le reste de l’année, pour faciliter « la régénération du sel ».

Il estime cependant que les actions déterminantes pouvant sauver le lac est du ressort de l’Etat qui, suggère Maguette Ndiour, devrait « réglementer le passage sur les dunes, limiter les permis d’exploiter des coquillages et créer un rideau vert pour contrer le vent ».


Par Mamadou GUEYE et Abdoulaye DIALLO (textes) et Pape SEYDI (photos)


Auteur: - Lobservateur

Articles similaires






1 - Soyez courtois. N'envoyez pas de message ayant un ton agressif ou insultant.
2 - N'envoyez pas de message inutile.
Attaques personnelles. Vous pouvez critiquer une idée, mais pas d'attaques personnelles SVP. Ceci inclut tout message à contenu diffamatoire, vulgaire, violent, ne respectant pas la vie privée ou en violation avec la loi.
Ne devoilez pas
les informations privées de qui que ce soit ( adresses, etc... ).
de tels messages seront supprimés et leurs auteurs bannis des commentaires.

3 - Pas de publicité. Ce forum n'est pas un espace publicitaire!.
4 - Pas de majuscules. Tout message inscrit entièrement en majuscule sera supprimé.
5 - Lisez la politique de gestion des commentaires de Seneweb
6 - Les auteurs de commentaires repetés (pollueurs) verront tous leurs commentaires á travers le site tout simplement retirés en un seul coup

Commentaire (0)


Commentez cet article

Auteur

Commentaire :

Service Commercial

Senegal : +221 33 860 09 50    |    Usa, Canada, Europe : +1 703 348 7306    | +1 703 395 86 48   Email : [email protected]

Rédaction

Email : [email protected]